ZEN Marseille

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Quelques Haïkus

Au fil des saisons, sans concepts, l’ici et maintenant.

Bashô (1644-1694)

Vieille mare
Une grenouille saute
Ploc !

Rien ne dit
Dans le chant de la cigale
Qu’elle est près de sa fin

Avec chaque souffle

Le papillon se déplace

Sur le saule !

Le corbeau d’habitude je le hais

Mais qu’il est beau

Ce matin sur la neige !

Assis tranquillement, sans rien faire,

Le printemps arrive,

L’herbe pousse, par elle-même.

La pauvre petite bouilloire de montagne-

dans la nuit de gel

la voix même du froid.

Commentaire de Joshin Sensei :

« Bien sûr, comme nous tous, Basho a eu froid. Et il fait sacrément froid quand le vent du Nord souffle. Et le sifflement d’une pauvre bouilloire de montagne ressemble à un cri dans le froid.
Dans ce haïku, écrit au cours de l’hiver 1682, Basho avait vraiment froid. Ce même hiver, sa cabane (qu’il avait pris l’habitude d’appeler Basho-an) a brûlé. Le pauvre et misérable Basho se déplaçait donc, logeant chez des amis. Un jour, explique Basho, alors qu’il visitait un temple où se trouvait une statue de Binbo, il entendit siffler une simple bouilloire à thé. 
L’ironie est que Binbo est le dieu shintoïste de la misère et de la pauvreté, les deux mêmes émotions que Basho a ressenties lorsque sa cabane a brûlé. »


Sodo (1642-1716)

Qui se soucie de regarder

La fleur de la carotte sauvage

Au temps des cerisiers ?

Ce printemps dans ma cabane

Absolument rien

Absolument tout !

Shoha (1727-1771)

Se réveiller, vivant, en ce monde,

Quel bonheur !

Pluie d’hiver.

Issa (1763-1827)

Les montagnes lointaines

Dans les prunelles

De la libellule.

En toute confiance

Un à un se dispersent

Les pétales de fleurs

Là où il y a des hommes

Il y a des mouches

Il y a des bouddhas

Tapant une mouche

Je tape aussi

Une plante en fleur

La nonne Chiyo-Ni (1703-1775)

L’eau limpide

Ni dedans

Ni dehors

Taïgi (1709-1771)

Enamouré

Le chat oublie le riz

Qui colle à ses moustaches

Des multitudes de moustiques

S’en vont chargés de sang

zazen

Buson (1716-1783)

Tombent les fleurs de cerisier

Entre les branches

Un temple apparaît

A chaque épine des ronces

Une goutte

De gelée blanche

Ryokan (1758-1837)

Le voleur parti
N’a oublié qu’une chose,
La lune à la fenêtre.

Commentaire : Le « moi » délesté de ses attachements, l’Éveil est là.

Dans la forêt verdoyante, mon ermitage

Seuls le trouvent

Qui ont perdu leur chemin

Silence du ruisseau sur la mousse,

Immobile

Comme le courant, clair et transparent.

Commentaire : « Immobile comme le courant » ? En épousant le fil du courant, celui de la vie, la vision claire des phénomènes et de leur vacuité (« le silence du ruisseau sur la mousse ») est celle d’un esprit depuis toujours pur et serein, délesté des pré-conceptions du « moi » et dont « l’immobilité » consiste en le « non faire » (« wou wei »), ni prendre ni rejeter, en harmonie avec ce qui est, tel quel, en unité avec le flux du monde. Le premier vers contenait déjà l’éveil de la conscience que traduisent et réalisent les deux suivants.

Hosai (1885-1926)

Sur la pointe d’une herbe
Une fourmi
Sous le ciel immense

Sur la grève
J’ai beau me retourner
Plus de trace de pas

Dénigrer autrui ?
Je me lave l’esprit.
En écossant mes pois.

Logo de « L’arbre de l’Éveil.» Balayer la cour, laver son esprit …

Logo de « L’arbre de l’Éveil.» Balayer la cour, laver son esprit