Pratique et éveil
L’Eveil vient de la pratique
Ainsi l’Eveil est sans limite.
La pratique vient de l’Eveil
Ainsi la pratique n’a pas de commencement.
Deux versions d’un passage célèbre de Maître Dôgen (fondateur de l’école Soto au XIIIème siècle):
Étudier la voie du Bouddha, c’est s’étudier soi-même ; s’étudier soi-même, c’est s’oublier soi-même ; s’oublier soi-même, c’est être reconnu par toutes les existences de l’univers.
Aller à la quête du Bouddha, c’est aller à la quête de soi. Chercher à se connaître, c’est parvenir à s’oublier soi-même. S’oublier soi-même, c’est être inondé par la lumière qui se trouve dans l’univers. Être inondé par la lumière de l’univers, c’est abandonner son corps-esprit.
Maître Dôgen, extraits du Fukazazengi (Recommandations pour la voie juste du zazen)
Arrêtez de courir après les mots et les lettres, apprenez à vous retirer en vous-mêmes et à méditer en vous connaissant vous-mêmes. Alors corps et esprit vont naturellement se dissiper et votre nature de Bouddha originelle va apparaître. Pour réaliser la sagesse de Bouddha, commencez sans attendre.

Pour faire zazen il est bon d’utiliser un endroit tranquille – manger et boire légèrement et s’éloigner de tout ce qui fait naître nos illusions. Mettant tout de côté, ne pensez ni au bien ni au mal, ni au juste ni au faux. Alors, votre esprit calmé, abandonnez même l’idée de devenir Bouddha. Ceci n’est pas seulement vrai pour zazen mais aussi pour toutes vos actions quotidiennes.
Placez un tissu carré et épais sur le sol et un coussin rond au-dessus. Vous pouvez vous asseoir en lotus ou en demi-lotus. Vos vêtements doivent être assez lâches mais soignés. Puis vous posez votre main droite au-dessus du pied gauche (si vous êtes en lotus) et vous placez la main gauche dans la main droite – les pouces se touchant légèrement.
Asseyez-vous en restant dans l’axe vertical juste : ni penché en avant ni en arrière. Vos oreilles sont sur le même plan que vos épaules, votre nez dans la continuité du nombril et vos yeux sont toujours entrouverts.
Respirez tranquillement à travers les narines. Enfin quand corps et esprit sont bien posés, prenez une respiration profonde, balancez légèrement votre corps de droite à gauche pour être bien au centre, c’est-à-dire ne penchez ni à droite ni à gauche puis restez aussi stable qu’une montagne. Restez dans l’absence de pensée au sein même de la pensée. Comment faire ? En pensant au-delà de penser et non penser.
Les Bouddhas et les patriarches ont insisté sur la pratique de zazen. Alors vous devriez vous y consacrer exclusivement, vous laisser absorber par cette pratique… Ayant reçu cette chance de naître avec un corps humain, pourquoi perdre en vain votre temps ? Comment pouvez-vous vous satisfaire de ce monde éphémère ? Nos corps sont comme la rosée du matin sur l’herbe, et nos vies comme la lumière de l’éclair, aussitôt disparus. Appliquez-vous dans la Voie qui pointe directement votre nature de Bouddha originelle. »

C’est la base même de zazen. Zazen n’est pas une méditation échelon-après-échelon. C’est plutôt la pratique simple et plaisante d’un Bouddha, la réalisation de la Sagesse de Bouddha.
Zazen terminé, bougez doucement votre corps, levez-vous tranquillement – pas de mouvements brusques.
Grâce à zazen, il devient possible de transcender la différence entre « ordinaire » et « sacré ». Zazen est une pratique au-delà des mondes subjectif ou objectif, au-delà de la pensée qui distingue, différencie et compare.
Par conséquent on ne peut pas faire de différence entre intelligent et stupide – pratiquer la Voie de tout son cœur est en soi éveil –, pas de fossé entre pratique et éveil, ni entre zazen et vie quotidienne.

